Revenu plus tôt que prévu de mon « interlude » de méditation, j’ai un retour pour l’instant mitigé sur cette expérience.

Si vous avez quelques dizaines de minutes devant vous, vous pouvez continuer à lire la suite, car c’est un peu long 😀

Tout d’abord, mettons-nous en situation.

Jérémy, voyageur curieux, souhaite découvrir la méditation pendant son séjour, et aussi la vie des moines bouddhistes dans les temples. Et ça tombe bien, il a vu qu’il y avait méthode de méditation appelée Vipassana, assez connue, avec un retour tout de même assez hétérogène, notamment sur les « écoles » enseignant la méditation selon la méthode Goenka (qui n’est PAS celle suivie dans le temple Wat Rampoeng), certains parlant même de secte. Surprenant, mais c’est en fait assez simple à comprendre que des personnes se méprennent.

En effet, la plupart (toutes?) les « retraites » de méditation pour apprendre Vipassana ont des prérequis communs et pouvant sembler (très) contraignants:

  • Minimum de 10 jours (pour la leçon « basique »), pouvant aller jusqu’à 6 semaines. La retraite « normale » étant de 26 jours, dont les 3 derniers sont 72h de méditation d’affilée dans votre chambre (on vient vous apporter à manger devant votre porte).
  • « Noble silence »: afin de se concentrer au mieux, et faciliter le « mindfullness » (j’y reviendrais plus tard), il est « interdit » de communiquer avec les autres personnes (sauf besoin vraiment nécessaire ou important). Les méditateurs ne parlent pas entre eux, regardent toujours à 45° vers le sol quand ils marchent, ne regardent pas les gens dans les yeux, pas de signes pour communiquer, bref, aucun rapport social.
  • La seule exception à cette règle étant le rapport journalier que les méditateurs font au professeur, pendant lequel ils expliquent ce qu’ils ont fait, posent leurs questions, leurs remarques, leur ressenti, etc. et le professeur donne les indications pour la journée de méditation suivante (une journée de méditation étant le moment entre deux rapports avec le professeur).
  • Toujours afin de rester concentré, il est demandé de déposer téléphone, appareil photo, PC, etc. au coffre au début de la retraite, afin de ne pas être tenté.
  • La lecture (quelle qu’elle soit, même les livres religieux) est proscrite, ainsi que toute écriture de journaux, l’écoute de musique, etc. et toute autre pratique (yoga, pratiques religieuses même bouddhistes).
  • Les méditateurs doivent absolument s’habiller en blanc (ils peuvent prêter/vendre des vêtements sauf les sous-vêtements).
  • Le « rythme de vie » est celui du temple et des moines:
    • Lever à 4h du matin
    • Méditation jusqu’au petit-déjeuner
    • Petit-déjeuner à 6h30 (gros bol de soupe avec des légumes et du riz ou des nouilles)
    • Participation au nettoyage (balayage principalement) du temple, donc tout le monde est dehors aux environs de 7h pour balayer avec les balais « à l’ancienne (en France) », douche, lavage du linge, bref, les tâches ménagères.
    • Méditation jusqu’au déjeuner.
    • Déjeuner à 10h30 (oui, oui): dans un petit plateau en fer, on prend du riz, et on nous sert une portion de soupe, de légumes ou viande, et une autre portion de légumes (et des fois des fruits en plus).
    • Re-balayage dans le temple.
    • Méditation jusqu’au rapport journalier avec le professeur.
    • Rapport journalier avec le professeur (dans mon cas à partir de 17h, mais c’était plutôt 18h30 car il y avait du monde)
    • Méditation jusqu’au soir.
    • Coucher pas avant 22h.
    • Rebelotte le lendemain…

Sachant que cette retraite se passe dans un temple Bouddhiste, il y a aussi d’autres spécificités:

  • Chansons avant les repas (contemplation sur les repas, en gros il faut manger seulement pour alimenter son corps, pas par gloutonnerie ou gourmandise), sachant qu’il faut arriver avant les chants sinon on a pas le droit de manger.
  • Lors du jour du Bouddha, c’est le grand nettoyage dans tout le temple, et notamment les vitres, et il y a une cérémonie « obligatoire » le soir, où le professeur parle pendant un moment (vu que c’était en Thaï, je ne sais pas de quoi, mais c’était drôle car les gens rigolaient de temps en temps), et où l’on sort faire 3 tours autour du stûpa.
  • Bouddha a dit que le savoir était trop important pour être monnayé, cette retraite n’est donc pas payante, mais les méditateurs peuvent faire des dons au temple pour le soutenir (ce qui me semble la moindre des choses vu qu’ils hébergent les méditateurs et les nourrissent).
  • Bien que ce soit dans un temple Bouddhiste, il n’y a pas d’obligation ou d’imposition sur la religion du méditateur, ou de tentative de « conversion » (le bouddhisme pronant notamment l’ouverture d’esprit, et non pas la conversion à outrance…).
  • Il est interdit de manger quelque chose de solide après midi, donc en gros, c’est soit tu bois, soit tu manges un yahourt nature (car celui aux fruits a des morceaux durs…).

Voilà donc pour le cadre.

Concernant la méthode Vipassana, je vais vous la décrire telle que je l’ai comprise au début, puis vous faire partager au fur et à mesure ma meilleure compréhension de celle-ci. Donc au début, la méthode Vipassana, pour moi, était une méthode de méditation basée sur une meilleure compréhension de soi-même, passant par le « mindfullness », qui est le fait d’être « aware » et avoir conscience de ce que l’on fait dans le moment présent.

Le moment présent étant aussi un point important dans Vipassana: on ne considère que celui-ci, car c’est dans le présent que nous vivons (le passé est fini, bien qu’il amène au présent et le futur dépend du présent).

Il y a deux « activités » physiques lors de cette méditation: la position assise où l’on se concentre notamment sur sa respiration, et la marche (très très lente) selon des pas spécifiques et décomposés, les deux étant faits en alternance. L’application de cette méthode permettant au final de mieux se concentrer, mieux se connaitre, démultiplier ses capacités « sensorielles » (notamment mieux ressentir son corps) et ne plus sentir la douleur.

Ca parait sympa non ? Et en plus, c’est une expérience inoubliable pour tous ceux qui l’ont vécu, certains allant même jusqu’à dire qu’ils ont des facultés « sensorielles » bien plus intenses (comme de pouvoir sentir une sorte de fluide, ainsi que bien mieux ressentir ce qui se passe dans leur corps), une concentration accrue, ou bien tout simplement que c’est un changement qui s’opère plus sur le long terme et qu’ils sont bien plus calmes/zen.

Bref, j’achète! Après avoir lu pas mal de blogs pour en savoir un peu plus (le niveau d’infos que j’avais étant le même que vous après avoir lu ce qu’il y a au-dessus), je tente d’appeler le temple et ça ne répond pas. Donc j’y vais, en sawngthaew (sorte de minibus local, imaginez un pickup avec deux grands bancs, un toit et tout rouge), 250 bahts l’aller-retour et il m’attend 20min là-bas, le temps que j’ai des renseignements.

250bahts, ça fait environ 6€, donc c’est pas donné du tout pour ici (comparé à mon budget de 15€ par jour, le calcul est vite fait que c’est beaucoup). Et quand j’arrive là-bas, le moine qui s’occupe de l’accueil des méditateurs n’est pas là, un autre me donne son numéro et un livret expliquant un peu plus comment se passe Vipassana dans ce temple (où une donation de 10 baht est conseillée, pour les frais d’édition, etc.). Donc je repars 5min après être arrivé… Mouais, ça fait cher l’aller-retour pour avoir un petit livret qui regroupe en grande partie les infos disponibles sur le site web et détaille un peu plus le rituel de la cérémonie d’ouverture et de fermeture de la « retraite ».

J’appelle le moine en question, et il m’indique que je peux venir dès le lendemain (le premier Mai) vers 9h30-10h pour les formalités administratives et commencer ma retraite le lendemain. Vendu! Je passerai dans l’après-midi à la recherche de boxers blancs, sans succès, les Thaïs semblent pas mettre de caleçons ou boxers blancs… Mais ça sera l’occasion de passer dans le marché de vêtements où l’on ne voit pas trop de touristes, mais plutôt des étudiants qui achètent leurs uniformes, et d’autres locaux.
Le soir du 30 Avril, je mettrai en ligne quelques articles que j’ai écrit les jours précédents, et au final après quelques coups de fil sur Skype, je ne me coucherais pas très tôt, et dormirai pas très bien (mais tout de même quelque chose comme 8h).

Le lendemain, direction le temple en Tuk-tuk, pour 150 Bahts, et là je sais comment le dire, car la langue Thaï pour les Français, c’est pas simple, du tout.
Lors de mon premier aller, j’indique au conducteur le temple sur la carte (marqué en caractères alphabétiques et pas en Thaï), et lui dit « Wat Rampung », tel que je le lis. On passera 10 min à rouler avant qu’il comprenne, et me dise « aaaaaah, Wat lanmpungue » (transcription phonétique spéciale frenchies), « oué, si tu veux, le temple là quoi », s’en suit un « ouuuuh, c’est loin, 250 bahts »… Ok…

Loin en Thaïlande, c’est pas Paris-Dreux, c’est plutôt de l’ordre de 15 bornes. Quand tu dis que tu traverses le centre historique de Chiang-Mai à pieds (qui fait un carré de moins de 2 kilomètres de côté), on te regarde comme un extra-terrestre.
Alors imaginez quand j’avais expliqué à Singapour qu’on avait été courir sur environ 12km, à pieds! (ouhhhh, les malaaaades).
Bon, retournons à nos moines.

Tuktuk pour aller au temple Wat Rampoeng
Tuktuk pour aller au temple Wat Rampoeng

Arrivé à 10h, il y a quelques autres personnes qui débuteront leur retraite en même temps que moi: un anglais qui a tellement eu de pression au boulot qu’il a perdu ses cheveux (et veut faire la retraite de 26j), un belge, un iranien, une népalaise (qui n’a pas trop les traits d’une népalaise d’ailleurs), deux allemandes (qui parlent Thaï), un italien et un français (moi, pour ceux qui suivent pas).

Nous remplissons le formulaire d’inscription, photocopies des passeports, choix des vêtements blancs (3-4 pantalons, 3-4 tee-shirts), drap, oreiller et couverture, puis direction la chambre. Simple mais tout de même plus « cosy » que la plupart des endroits où j’ai dormi jusqu’à présent: j’ai ma chambre, avec un lit simple (bon, le matelas fait 2cm d’épaisseur sur une planche en bois, il est plutôt symbolique), mais j’ai « ma » salle de bains, avec toilettes et douche (eau froide) et un évier.

Comble du luxe qui me fera rire lors de la plupart de mes douches: j’ai un rideau de douche!!! Ouééééé. Et oui, après 4 mois de voyage plutôt à la roots, avoir une chambre pour soi et un rideau de douche, c’est le luxe! Le grand luxe aurait été d’avoir l’eau chaude 🙂 (mais pas nécessaire).

Clé de ma chambre pour mon séjour
Clé de ma chambre pour mon séjour

Ma chambre rien que pour moi!
Ma chambre rien que pour moi!

Autre vue de la chambre
Autre vue de la chambre

On pose les affaires rapidement car il faut aller manger, le moine (Phra Chaibodin, membre des Bodins, nannn, j’déconne, mais j’y ai pensé ;-), c’est une private joke, si vous ne comprennez pas, c’est normal) nous explique les chants d’avant manger, qu’il faut regarder son assiette, savourer la nourriture, ne pas faire de bruit en mangeant, faire ses 3 respects à Bouddha avant et après manger (un des seuls « rites » religieux auxquels je me suis plié, car y a pas trop le choix, et puis ça serait manquer de respect dans le cas contraire).

Puis on retourne dans son bureau où il nous détaille trois activités importantes pour la méditation:

  • la préparation (en gros, mouvements au ralenti des 3 respects au Bouddha, en se concentrant sur chaque étape, et en les répétant 3 fois dans sa tête à chaque fois),
  • la marche (mains qui se tiennent dans le dos, et marche très lente en se répétant chaque étape 3 fois dans la tête)
  • ainsi que la position assise (assis en tailleur, tel que les statues du Bouddha sont souvent représentées, en observant sa respiration « inspiration/expiration »).

Nous faisons plusieurs exercices dans l’après-midi, puis rendez-vous avec le professeur pour la réunion d’ouverture, où nous faisons les respects aux buddhas (il doit y en avoir une vingtaine posés sur plusieurs petites étagères), puis au professeur et enfin au traducteur (un moine qui traduit en anglais ce que dit le professeur en Thaï). Il faut aussi répéter des formulations en Pali, un langage ancien, bref, une sorte de rituel de commencement. Le professeur nous dit que nous commencerons la méditation demain matin.

De blanc vêtu, avant de commencer la "retraite"
De blanc vêtu, avant de commencer la "retraite"

Tenue "classique" pour les méditateurs
Tenue "classique" pour les méditateurs

La cérémonie se passe dans une lumière assez faible (celle de bougies) car il y a eu une tempête dans l’après-midi qui a fait tomber un arbre sur les lignes électriques dans l’enceinte du temple. Je suis un peu vert de pas avoir mon appareil photo car ça fait une ambiance un peu mystique, super sympa! Mais pendant la cérémonie, l’électricité reviendra, et l’éclairage aux néons aussi 🙁

Ah, et une dernière remarque sur l’installation électrique. C’est assez compréhensible que lorsqu’il y a une tempête il n’y a plus d’électricité ici, quand on voit les poteaux électriques et le nombre de câbles. En France, on aurait 4 ou 5 câbles qui passeraient via ces poteaux. Ici, c’est plutôt de l’ordre de plusieurs dizaines, donc ça sert pas à grand chose et ça pèse… Et ils font pareil pour les installations électriques en intérieur, un câble (apparent) pour chaque appareil, mais un seul disjoncteur, cherchez l’erreur…

De retour à la chambre, je range mes affaires, douche, et dodo (bon, il est pas encore 21h mais le prof a dit qu’on commence le lendemain, et là faut que j’accumule mon sommeil car après, pendant 10j, ça sera le minimum). Mais vers 21h, quand je commence à m’endormir, mon voisin vient frapper à ma porte, il faut aller à la « bibliothèque » pour méditer… Aaaaaaaaaaaarrrrrgh. Bon, relevage, remise des vêtements blancs vite fait, et je débarque (le dernier donc) à la bibliothèque, et nous commençons les exercices. Préparation (sorte d’échauffement pour la méditation donc), puis petits pas pendant 15min, puis assis en tailleur (sans bouger) pendant 15min, puis petits pas, puis assis… Vous avez compris le concept, on répète pendant un moment. Dans le cas présent, pendant 1h, soit jusqu’à 22h15… Pour rattraper un peu mon sommeil, c’est raté…
Allez, au dodo!

Le lendemain, je me réveille au son de la cloche qui est sonnée à 4h, juste avant l’alarme de mon téléphone. Oui, je suis un peu parano et j’ai gardé mon téléphone, mes appareils photos, mon PC, bref, j’ai rien filé, pour deux raisons: j’estime que je suis assez sérieux pour ne pas être tenté d’appeler des proches, c’est mon alarme pour le matin, et en plus, je reste méfiant sur la raison véritable pour laquelle ils ne veulent pas que l’on garde notre téléphone avec nous (au cas où ce serait pour nous couper de l’extérieur même si l’on ne veut pas, ce qui au final n’est pas le cas).

Et c’est parti pour 2h30 de méditation, où je sens une douleur dans mon dos, entre ma colonne vertébrale et mon omoplate droite. D’ailleurs, à ce moment là, j’aurai dû lui dire d’aller se faire voir, car au final c’est elle qui va s’installer pendant toute la durée de mon séjour…

Donc un des aspects très importants de la méditation Vipassana, c’est le mindfullness, ou être « aware », ou encore penser dans sa tête à tout ce que l’on fait. Lorsque je marchais, je pensais « gauche/droite/gauche/droite… », lorsque je mangeais: « je prends une cuillère de riz, je la mets dans ma bouche, je goûte, hmmm, c’est bon (vraiment), j’avale, … ». Lorsqu’il y avait un bruit, ou des gens qui parlaient, je pensais « j’entends, j’entends, j’entends », lorsque je voyais quelque chose qui se passe « je vois, je vois, je vois ».
Bref, je me parle et me concentre sur le moment présent, sur ce qui se passe dans mon environnement, et ça toute la journée. Sachant que la méditation c’est pareil, il faut se concentrer sur ce que l’on fait. Par exemple, lorsque l’on marche, on se dit: « Right » et on pense au pied droit, « Goes », et on lève le pied et l’avance en même temps, puis « Thus » et on le pose par terre en même temps. Et il faut aussi se concentrer sur ce que l’on ressent (comme les rainures dans le carrelage, mais aussi sentir l’air sur le pied quand on l’avance). Et quand on a mal, on se dit « je sais, je sais, je sais », puis on se reconcentre sur ce que l’on fait.

Et là, c’est le début du drame pour moi… Autant par exemple mon genou gauche s’est gentiment rappelé à mes souvenirs en me faisant comprendre qu’il aimait pas être plié en tailleur pendant plusieurs dizaines de minutes, et autant je lui ai fait comprendre qu’il pouvait aller se brosser (martine), autant ma douleur dans le dos commençait le matin après 15-20min de méditation, et… s’en allait le soir ou quand je me couchais et ne bougeais plus.
Les premiers jours, je me suis dit « c’est normal, mon corps doit s’habituer, tout le monde a mal » et le prof disait aussi que ça allait passer. Ce qui me rassurait c’était de voir aussi les autres méditateurs faire des mouvements pour essayer de se détendre aussi, donc ils souffraient aussi. Autant quand je marchais, je supportais la douleur, parvenant même des fois à la mettre de côté à grand coups de « je sais, je sais, je sais », et ça marchait pendant quelques dizaines de secondes. Autant en position assise, c’était le début de l’enfer, vraiment.

Imaginez être assis en tailleur, avec un couteau planté dans le dos, gentiment, doucement, mais bien là. Ou alors quelqu’un qui vous plante une pince dans le dos et serre les muscles et les côtes/os. Et ça, tout le temps. Alors quand vous êtes assis en tailleur, déjà vous avez un peu mal aux jambes (mais ça, ça s’oublie assez facilement), mais cette douleur s’accentue au fur et à mesure que vous êtes assis à attendre, à essayer de vous concentrer sur votre respiration.
Mais quand on a mal, vraiment mal, on a tendance à se crisper. Et quand votre concentration est basée sur votre respiration, sur le mouvement de l’abdomen (donc respirer doucement et de grandes inspirations/expirations), ça devient de plus en plus tendu. Comme on se crispe, on respire moins bien, comme on se concentre sur l’observation de la respiration, on a tendance à la contrôler, ce qui empire les choses. Bref c’est un cercle infernal.

Une fois, je me suis dit, pendant une séance assis pendant 30min, « okay, tu vas aller bien te faire fou… la douleur » (oui, quand on a bien mal, on est plus très gentil mais plutôt énervé), et j’ai pas bougé, pendant 30 min, à tenter de respirer, de moins en moins bien, et d’oublier cette foutue douleur, et quelques minutes avant la fin, ça allait un peu mieux. Et quand j’ai ouvert les yeux, à la fin des 30 mins, c’était assez impressionant/bizarre. Je n’avais plus mal, je me sentais bien et un peu ailleurs aussi, zen. Et ensuite j’ai été marché autour du stûpa (où l’on marche pieds nus, sur des pierres plates en calcaire ou autre, mais de forme très brute et pas du tout planes) pendant 30 min, et j’étais vraiment zen, j’entendais tout ce qui se passait autour de moi, les moindres détails, je ressentais les moindres aspérités des pierres, etc. Une sensation étonnante, qui a dû durer une petite demie-heure donc.
C’était en milieu d’après-midi, car, pour ma part, la plupart des moments où ça allait à peu près, c’était en milieu d’après-midi, après avoir digéré, être bien détendu. Et ce moment a dû m’arriver le 3ème jour, alors que le matin je commençais à saturer de la douleur et pensais à me barrer car c’était vraiment difficile.

En milieu de journée le 4ème jour, la douleur étant toujours présente, et pas qu’un peu, je suis allé écrire un mot au moine Chaibodin pour lui dire que je pouvais plus, que je souhaitais m’en aller car j’avais trop mal, tout le temps, etc.
Parce que mon ressenti, c’était que je me faisais mal pour me faire mal, donc pour moi c’était pas de la méditation, mais plutôt du masochisme. Et j’aime pas ça. Alors quand on me dit « oui, la douleur va s’en aller » et que ça fait plus de 30 heures de méditation que je mange sévère (je suis pas du genre à me plaindre pour un rien non plus, et puis là je savais qu’il y avait une période de douleurs au début, donc je l’acceptais, mais là c’était trop), je ris jaune.

Le moine m’emmène à son bureau, replie mon coussin pour avoir une double épaisseur, puis me dit de continuer la méditation comme ça, ça devrait passer. Okay… je recommence, me mets vraiment dedans (vous savez, à faire les exercices de méditation, et aussi à me dire « je vois, je vois, je vois », « j’entends, j’entends, j’entends », etc). Et la douleur passe un peu, ou tout du moins n’est plus aussi forte et donc acceptable. Et me voilà reparti pour un jour.

Un des seuls moments de « bonheur », c’était un peu avant 17h, j’allais m’acheter deux yahourts nature, et un petit yahourt à boire au citron. Ca peut sembler anodin, mais je n’ai jamais autant savouré des yahourts de ma vie je pense. Je prenais des petites cuillères, les savourais une à une.

Le lendemain, rebelotte, j’ai toujours cette douleur qui revient et je sature. Sachant que j’ai copié des blogs sur Vipassana sur mon PC, je l’allume pour savoir un peu ce qu’il y a dans la suite de la méthode, car si c’est simplement pour marcher doucement, m’asseoir pendant encore 5 jours, c’est niet… Bon, mon PC a plus de batterie, donc obligé de le charger. Allez, je refais une demie heure de marche en attendant.

Je lis ensuite un blog où la personne dit que Vipassana sert aussi à créer une sorte de filtre mental (à l’aide des « je sais, je sais, je sais », etc.), ce qui se tient, et je me dis, « okay, je vais tenter de continuer ».
Je continue, je fais part de ma douleur persistante dans le dos au professeur, qui me dit en gros que la douleur fait partie de l’apprentissage, que c’est normal, que ça va partir, etc. Hmmm. Le soir, après encore quelques heures de méditation, mes pensées à propos de ce « passage » de la douleur n’étaient pas très sympas envers le prof…

Le moment où je me suis dit que ça n’allait plus, c’est quand j’ai hésité à mettre un coup de tête dans la porte de la salle de bain pendant mon exercice de marche, vu que je faisais des allers-retours dans ma chambre entre la porte d’entrée et celle de la salle de bain.

Et en fait, j’ai pas hésité… et là je me suis dit que j’avais un problème, que ça m’atteignait trop et que la douleur l’emportait sur la raison. J’ai arrêté ma « méditation », puis douche et dodo (où j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir en plus!).

Bon, et quand en plus c’est la mousson en Thaïlande, et qu’il pleut toute la journée, et qu’on a de l’arthrose à un genou (voire les deux), vous savez quoi? Ben vous avez encore plus mal au genou (là-dessus, c’est sûr que je peux savoir maintenant quand il va pleuvoir, en fonction des douleurs de mon genou, c’est le seul avantage… génial!).

Le lendemain, comme d’habitude, j’avais mal au dos, mais j’ai trouvé une position qui me faisait pas mal: complètement détendu, la tête en avant, style je dors en tailleur. Sauf qu’au final je ne faisais pas que style et je m’endormais comme ça (ça passait plus vite :-D) pendant quelques dizaines de minutes. A force d’obliger les gens à se concentrer toute la journée, à avoir mal toute la journée, à dormir à peine 6h par nuit, et manger assez peu et que le matin, et bien on a tendance à s’endormir plus facilement. A des moments, je me suis fait une petite sieste après manger de 10min chrono, et bien je ne pense pas que je mettais plus de 30 secondes à m’endormir une fois allongé!

J’en fais part à mon professeur (des douleurs, et de ma super position complètement « relax » où je m’endors à moitié, mais pas des siestes!), qui ne me donne pas de conseils particuliers, bien que je lui ai dit que j’avait fait genre 8h de méditation (au lieu des 10 demandées) car j’avais trop mal, simplement de demander d’essayer de faire 10h.
Le soir, de retour dans ma chambre, je tente de faire les exercices de méditation, et j’en peux plus, je ne peux plus me concentrer, quand je fais les pas, je pense « gna gna gna », bref, je craque et je fais à peine 15 minutes puis vais me coucher.

Le lendemain, le 9, soit mon 8ème jour, le matin, je fais encore à peine 1 heure de méditation et sature, et décide d’aller voir le moine Chaibodin pour lui dire que j’arrête, point. Plus de méditation, rien, je me casse, aujourd’hui. Et s’ils ne veulent pas faire ma cérémonie de clotûre aujourd’hui, je me casse avec mon sac à dos, même si c’est pas respectueux.

Je discute avec lui, il me dit « ok, nous allons faire ta cérémonie de clôture ce soir », et me demande de faire un dernier effort et de continuer la méditation aujourd’hui, en me filant un coussin plus gros et rembourré encore, et en le laissant plié afin que je sois assis plus en hauteur par rapport à mes jambes.

Pendant que je lui explique que j’en peux plus, que je veux arrêter, et qu’il insiste pour me dire que c’est normal, que ça va passer, j’ai presque les larmes aux yeux tellement j’en peux plus. J’ai mal depuis 1 semaine, tout le temps, ça fait plus de 70h de méditation que j’ai mal, je veux plus!!! Mais il me convainc de faire un effort dans la dernière ligne droite, vu que je termine ce soir. Ce qui se tient.

Au bout de 8 jours, le sourire n'y est plus...
Au bout de 8 jours, le sourire n'y est plus...

Mais j’essaierai 20 minutes avant de me dire « niet, c’est fini, point, final. J’arrête là, je ne fais plus de méditation, je veux me barrer au plus vite ». Je ramène mon coussin et le dépose à son bureau. Et l’appelle depuis la cabine pour savoir si on ne peut pas faire la cérémonie de clôture à 14h au lieu du soir vers 18h. Il me répond qu’il faut d’abord que j’aille faire mon rapport au professeur. J’y vais, attends plus d’une heure et demie sur le banc que les moines fassent leur rapport, puis quelques autres élèves, et c’est enfin mon tour.
Je lui dit que j’arrête, j’en peux plus, je veux me barrer de suite, etc. Il me dit qu’il y a une cérémonie de clôture à 18h30, et si je peux attendre jusque là. Bon, okay…

Je passerai l’après-midi à me regarder des vidéos de Center Parcs (spéciale dédicace à Hervé, Chacha et Lionel), d’autres vacances (le coup du tobogan au ralenti me fait toujours autant rire 😉 ), où je retrouve enfin le sourire, rigole, ça fait du bien. Je lis aussi un ebook sur la photo, bref, je m’évade en attendant l’heure. Sachant que le matin j’avais déjà nettoyé la chambre et fait mes sacs.

Je vais à la cérémonie de clôture, et là surprise, je vois la plupart des gens qui étaient là au premier jour, tous là pour la cérémonie de clôture! Il n’y a que l’anglais et le belge qui manquent à l’appel. Chacun a ses raisons, et on fait la cérémonie de clôture dans la bonne humeur (ce n’est pas possible de ne pas le faire autrement avec un moine bouddhiste je pense, ils dégagent une sérénité et ont toujours le sourire, sont paisibles, le genre de personne contre qui il est très difficile de se fâcher ou du moins de le rester).
En sortant, je discute, enfin, avec les gens que j’ai cotoyé silencieusement pendant 8 jours. Et plus aucun n’a de douleur, ils peuvent rester assis pendant 1 heure sans bouger, alors que je lutte vraiment pour faire 40 minutes. Et l’italien m’explique que c’était pareil pour lui la première fois qu’il avait fait ce type de retraite, qu’il avait eu mal comme moi, alors que là ça s’était bien passé. Et la népalaise me dit que je devrais essayer au Népal, il y a un temple où l’on médite et à la fin , on ressent même le flux sanguin passer dans ses veines.
Peut-être, là, ce que je veux, c’est me barrer, enfin! C’est sans compter sur l’effet mousson, qui fait que je rentre en courant sous la pluie à ma chambre, pour me changer vite fait, mettre mon k-way et revenir attendre mon taxi. Bien sûr, je me retrouve avec mes baskets bien trempées le temps de faire 300m, et rentrerai à la guesthouse en faisant encore 200m sous la pluie battante, en tongs, mais je m’en fous, je suis sorti!!!

Dans la guesthouse (Julie Guesthouse, que je recommande chaudement car c’est une des moins chères de Chiang Mai, avec un grand espace commun super sympa, accueillant, un staff sympa aussi, et un service restaurant bien sympa aussi, bien que pas donné), j’ai une chambre avec lit double et salle de bains pour moi tout seul, car y avait plus de dortoir de libre. Mais je voulais absolument retourner là car je savais qu’il y avait une bonne ambiance, je connaissais, c’était un peu comme si je rentrais à la maison.
Et c’était le grand luxe, j’ai même une douche avec chauffe-eau! Première douche chaude depuis des mois! C’est pas que ça me manquait, mais là, avec toutes les douleurs, et rentrer à moitié trempé, la douche chaude a quelques avantages.
Je savourerai ma soirée à manger une petite pizza maison, boire une bière et regarder un film en mangeant des Oreo. Y a pas de petit plaisir, mais après cette expérience, j’ai d’autant plus apprécié ce confort pourtant basique. Et pour l’instant, j’ai plus envie de visiter des temples bouddhistes, de voir un bouddha, ou autre. J’ai comme une sorte d’allergie temporaire… Même en entendant la cloche sonner dans le temple voisin pendant que je rédige cet article, j’ai envie de me barrer…

Expérience amusante le soir, une fois allongé dans mon lit, je sentirai aussi mes artères, de façon très distincte, celles des bras, le long des jambes, les veines dans les pieds, et sentir le sang aller et venir. Il me reste des secrets à découvrir, des choses que m’a apporté Vipassana malgré moi, à mon insu…

Ah, et dernière précision: malgré un massage dans le salon de massage Panna (merci Cyril et Sarah pour l’adresse, j’ai eu du mal à trouver, alors qu’en fait je suis allé à une guesthouse quasi en face :-)), en insistant bien sur le dos (où la masseuse hallucinait à quel point mon dos était en piteux état, et qu’il fallait plus d’une heure pour remettre tout ça à peu près en place), et le fait que ça fait quasi 2 jours complets que j’ai arrêté tout exercice de méditation, j’ai toujours mal dans le dos, ça s’atténue doucement… Et je pense que j’ai jamais eu une barbe aussi longue, même à l’IUT 😛